Symbole de l’élan masculin
C’est un hasard si l’actrice belge Karin Clercq s’est lancée dans la chanson mais ce n’en est pas un si, parmi les amateurs de musique, ce sont surtout les hommes qui se jettent aux pieds de la belle blonde. Mais meilleur de Clercq, la nouvelle icône de la sensualité francophone, c’est son premier album, « Femme X ».
Tous, ils publient la même photo. Justement celle qui a été réalisée, ainsi que le déclare avec un brin de suffisance la promotrice de la maison de disque, « alors qu’il faisait légèrement moins froid dans la pièce ». Karin Clercq porte un top à bretelles, rouge, moulant, transparent. Les éditeurs de magazines étaient tout simplement pieds et poings liés. Leurs lecteurs n’avaient en définitive pas encore entendu l’album de la Belge ni ne l’avaient vue sur scène, faute de quoi cet érotisme à bon marché aurait fait tache. Toujours est-il que sur « Femme X », Madame ensorcelle ses auditeurs avec tant d’efficacité que depuis lors, dans sa patrie et dans la France voisine, on déroule le tapis rouge en son honneur et on lui fait sans cesse des compliments flatteurs.
Pourtant, jusqu’à ce jour, Karin Clercq n’est pas vraiment en mesure d’expliquer ce qu’elle a bien pu accomplir en tant que chanteuse. « On me parle sans cesse du son de mon album, des paroles et des arrangements, mais je me considère comme une interlocutrice totalement incompétente. Je suis absolument ignare en matière de musique ; tout ce que je sais, c’est que je chante volontiers, même pas si je chante bien. » Un vrai coup de chance.
Lors de la récente apparition de la jeune espoir au Prinzenbar, à Hambourg, les avantages d’une naïveté authentique sont clairement apparus. Une diablesse tout à fait inconsciente de l’être s’est mise à roucouler, à ronronner et à se « feuler » un passage au travers d’un épatant répertoire de morceaux de rock francophone, ceux qui manquent encore à l’album de poésie d’une Guesch Patti, ceux qu’une Jane Birkin n’a jamais osé chanter. Et puis, cette beauté fatale mordille sa lèvre inférieure en sortant des phrases comme : « Après tout, je ne suis qu’une petite actrice insignifiante, à qui il arrive de chanter. » Nous, on voudrait bien rencontrer le gars qu’une telle déclaration laisse de marbre ! Karin Clercq ne peut pas se l’imaginer non plus, mais bien sûr elle n’en souffle mot...
Au milieu du livret d’accompagnement de son album à
succès, on voit Karin qui flotte dans l’eau ; sa robe d’été
glisse de ses épaules, sa blonde chevelure encadre son beau visage. A
gauche et à droite, les vers d’une chanson comme il n’y en
a jamais eu et qui offre un centre majestueux à son album : « Kassandre
» dure sept minutes et dix-neuf secondes, après quoi l’auditeur
a en même temps besoin d’un bain chaud et d’une douche froide
! Le premier de ces souhaits s’applique à l’homme qui apparaît
sur le même livret, à l’arrière, à côté
de la chanteuse, et qui se refuse tout simplement à sourire derrière
sa barbichette rare. Pourtant, il y a de quoi se réjouir, car Guillaume
est le cœur et le moteur de « Femme X », il a décoré
ces treize chansons autour d’une représentation, d’une image
imprécise et d’une idée brûlante : celle d’une
femme qui a enfin su offrir à la France un nouveau symbole de l’élan
masculin et de la réserve féminine sans devoir, pour ce faire,
recourir à des clichés jaunis
Karin Clercq assure une fois encore n’avoir absolument aucune idée
de ce que tout le monde trouve tout à coup à ses chansons. «
Je suis actrice, et le fait que j’aie été choisie pour un
rôle insignifiant dans un film encore plus insignifiant et que depuis
lors, j’écrive des chanson dès que j’ai une minute
de libre, est un pur hasard. Ma rencontre avec Guillaume en est un autre. Et
le fait qu’à un moment, nous ayons tous les deux cru que la réalisation
de cet album puisse être une bonne idée, n’est qu’un
hasard de plus. » Il est vraisemblable que j’ai rarement affiché
un sourire aussi béat. C’est Heike Makatsch qui m’est revenue
à l’esprit, avec ses protestations du début, quand elle
disait combien elle se sentait étrangère à une carrière
sur les planches, carrière qu’elle avait entamée par hasard
et sans l’avoir cherché, etc. Les femmes sont des créatures
remarquables. Et les femmes comme Karin Clercq encore un peu plus que les autres.
Karin Clercq : « Femme X » (Pias) est sorti le 12 mai 2003.
par Stefan
Krulle
version française par Vinciane Baudoux