Traduction de Printz

NOUVELLE VENUE DU MOIS : Karin Clercq

Belle de Bruxelles

La musique francophone est actuellement à la mode. Son étoile montante vient
de Belgique et s’appelle Karin Clercq. Son splendide premier album, « Femme
X », vient de sortir chez nous. PRINZ a rendu visite à la chanteuse chez
elle, à Bruxelles.


Pour ses neuf ans, Suki a déjà bien roulé sa bosse. Né à Bangkok, il vit
maintenant à Bruxelles. Une de ses occupations préférées consiste à observer
les visiteurs avec un savant mélange d’imperturbabilité et de scepticisme.
Karin Clercq a adopté ce chat croisé de siamois et de birman il y a des
années, en Thaïlande, lorsqu’elle y travaillait comme professeur de
français. Cela se passait bien longtemps avant que Clercq, qui était déjà
active à Bruxelles comme actrice, ne devienne, à la faveur d’un hasard, le
nouvel espoir de la pop francophone. Depuis lors, Suki a fait la
connaissance de nombreuses personnes. Celle des voisins, par exemple, qui
lui ouvrent ses boîtes de nourriture quand Clercq est en tournée ou
enregistre en studio, à Rennes, en Bretagne. Ou encore celle de Guillaume
Jouan, le producteur de disques. Ce n’est qu’en le rencontrant que Clercq a
pris conscience de ses propres dons musicaux. Une association improbable.
Ce crack plein d’expérience, qui a déjà collaboré avec de grosses pointures
de la chanson française telles que Miossec, a décoré les chansons pensives
de Clercq d’un sound pop/rock qui met pleinement en valeur la douceur de sa
voix. Et qui sonne en même temps tellement peu « français » qu’il n’est pas
nécessaire d’être un amateur de chanson française classique pour apprécier
cette musique : même les oreilles habituées à la pop britannique ou
américaine prendront plaisir à l’entendre. En France « Femme X », le premier
album de la jeune femme de trente ans, a été mis avec succès sur le marché
il y a un an déjà ; il sort maintenant chez nous. PRINZ a rendu visite à
Clercq dans son appartement Bruxellois.

PRINZ : On dirait que ça marche bien pour vous ! Vous avez déjà conquis les
auditeurs belges et français, maintenant, c’est au tour des Allemands. Cela
vous exalte ?
Clercq : Ah ça oui ! Cela me réjouit très fort, mais cela m’étonne
également. Chez vous, les chansons françaises se fraient même une place dans
les hit-parades, alors que peu de gens comprennent la langue.
PRINZ : Cela tient peut-être à son charme. En français, même une phrase
comme « Ta mécanique est toute rouillée, ton huile a besoin d’être
changée... » résonne comme un compliment !
Clercq : Ah oui, j’oubliais ! la langue de l’amour...
PRINZ : Racontez-nous comment vous vous êtes lancée dans la musique. Des
acteurs qui font de la musique, nous en avons quelques-uns, mais vous êtes
différente d’eux, en ce sens que vous avez le talent en plus.
Clercq : Ce fut un pur hasard – sans doute le plus important de toute ma
vie. J’avais obtenu un rôle dans un court métrage dont Guillaume Jouan
devait enregistrer la musique. Il avait encore besoin d’une chanteuse. Le
metteur en scène m’a présentée et Guillaume m’a invitée dans son studio, à
Rennes, en Bretagne. Je ne savais absolument rien sur Guillaume et pendant
le voyage, j’ai écouté pour la première fois des choses qu’il avait faites.
Et puis, les moments passés sur place ont été si agréables que j’ai ensuite
commencé à écrire quelques chansons. Trois mois plus tard, Guillaume est
revenu à Bruxelles et m’a raconté à quel point il avait apprécié de
travailler avec moi. Il n’avait pas du tout l’habitude de travailler avec
une femme, encore moins avec une actrice.
PRINZ : Qu’est-ce que cela avait de particulier ?
Clercq : A chaque fois que je chantais, je me glissais dans un rôle que
j’interprétais ensuite. Ça a du avoir l’air très comique. Nous nous sommes
alors fait la réflexion que si cela nous avait tellement plu à tous les
deux, nous devrions le refaire – en toute tranquillité, sans aucune
pression. Huit mois plus tard, nous avions quelques chansons et nous avons
décidé de les envoyer à quelques personnes. Et lorsque la firme Pias nous a
contactés, nous étions quelque peu surpris. Ils ont dit : « On y va, on va
faire un album avec toi ! », et j’ai pensé : « Je rêve. » J’ai beaucoup
d’amis musiciens et je sais à quel point il est difficile de signer un
contrat avec une maison de disques. Et pourtant, il se passe parfois des
choses étranges... J’ai expérimenté cela dans le milieu du théâtre : on va à
un casting en compagnie d’une amie qui n’est même pas actrice, et c’est
finalement elle qui obtient le rôle. Et maintenant me voilà, ici, avec un
contrat d’enregistrement, alors que jusqu’il y a peu, je n’étais même pas
musicienne !
PRINZ : La langue mise à part, votre album ne sonne pas « français » du
tout. La musique évoque plutôt la pop britannique ou, mieux encore,
européenne...
Clercq : En Bretagne, la patrie de Guillaume, on joue beaucoup de musique
britannique. Avant, il participait à des groupes punk et rock, et cela se
reflète sur l’album. Il a joué jadis dans un groupe punk du nom de « Hot
Bugs » – Les Punaises Chaudes !
PRINZ : Et vous-même, avec quelle musique avez-vous grandi ?
Clercq : Quand j’étais petite, mon père écoutait beaucoup Léonard Cohen, les
Rolling Stones et les Beatles. Il y avait beaucoup de personnes dans ce cas.
Pour moi, Jeff Buckley, Nick Cave et PJ Harvey ont été très importants.
PRINZ : Ce sont des gens qui écrivent des chansons très pensives, souvent
mélancoliques, ce que l’on peut également dire de vos textes.
Clercq : Je n’ai pas vraiment l’impression d’être particulièrement
mélancolique. Mais lorsque j’écris et que j’exprime mes sentiments, le
résultat peut rapidement prendre une résonance mélancolique.
PRINZ : Et ce sont tous des artistes britanniques et américains. Cependant,
les radios francophones diffusent beaucoup de musique locale...
Clercq : Oui, mais pas ce qui est réellement bon. Pour entendre de bons
groupes rock francophones, il faut avoir beaucoup de la chance et habiter
dans une ville qui possède une bonne station de radio. En France et en
Belgique, ce sont plutôt les acteurs qui m’ont influencée. Jacques Brel est
le seul musicien local que j’ai admiré dans ma jeunesse, et il était aussi
acteur. Il a ressenti et vécu ce qu’il donnait en représentationº Cela m’a
toujours énormément impressionnée. Actuellement, il y a de nombreux
musiciens français que j’aime beaucoup : Noir Désir, Miossec ou Dominique A,
par exemple, mais je ne les connais que depuis cinq ans. Avec la meilleure
volonté, on ne peut donc pas dire que j’ai grandi avec eux. Je suis encore
un bébé en ce qui concerne ma connaissance de la chanson française.
PRINZ : Pour un bébé, vous êtes vraiment très active, et vous travaillez
déjà à plein régime à votre deuxième album. Il paraît que le deuxième est
toujours le plus dur. Est-ce le cas pour vous ?
Clercq : Ça oui, j’en ai même rêvé cette nuit ! Cet album supporte
évidemment plus d’attentes, et il est soumis à un planning. Le premier album
était issu de ce que moi et Guillaume avions enregistré en toute
tranquillité. Maintenant c’est différent, nous ne pouvons plus fignoler nos
chansons éternellement. Les séances d’enregistrement ne sont pas moins
agréables que pour « Femme X », mais elles sont certainement plus
éprouvantes.
PRINZ : Comment devons-nous vous imaginer lorsque vous écrivez une chanson ?
Est-ce que vous allez au café du coin chercher l’inspiration en mâchouillant
votre crayon ?
Clercq : Non, j’ai besoin d’être seule. J’écris chez moi, je suis tranquille
ici, et encore, seulement quand mon fils n’est pas là. J’ai des amis qui ont
un appartement à la mer du Nord, je vais parfois là-bas. Ou bien j’écris
quand je me trouve dans le T.G.V. qui va à Rennes. C’est un chouette
endroit. Beaucoup de gens ont besoin de café ; moi, du T.G.V.
PRINZ : Sur votre site Web www.karinclercq.com, on peut vous envoyer des
courriers électroniques. Que disait le message le plus délirant que vous
ayez reçu ?
Clercq : Il s’agissait de la chanson « Kassandre », dont l’histoire se base
sur la mythologie grecque. Un fan m’a cité le texte complet, assorti de ses
propres interprétations. Il est arrivé à la conclusion que je savais lire
dans les pensées d’autrui ! Je ne suis pas encore parvenue à lui faire
abandonner cette idée.
PRINZ : On dirait que les fans peuvent être une vraie plaie...
Clercq : Seulement quelques-uns d’entre eux ; j’ai reçu quelques
propositions sans équivoque par SMS. Mais la plupart sont sympas, certains
d’entre eux vont même à tous mes concerts ! C’est à chaque fois comme une
soirée Tupperware ; ils se connaissent les uns les autres, discutent du
concert après coup et vont boire un verre ensemble. Ils organisent des
voyages groupés pour éviter que chacun ne doive venir avec sa propre
voiture. C’est super !
PRINZ : Et quand vous verra-t-on en Allemagne ?
Clercq : Ce n’est pas encore définitif, mais nous avons prévu de cinq à dix
concerts en Allemagne. Cela me réjouit énormément, je veux rapidement
remonter sur scène, après tout, je viens de l’univers théâtral. Pour moi,
les concerts passent avant tout. Si je reste cantonnée au studio, un jour où
l’autre, je péterai les plombs.
PRINZ : Bien. Nous apporterons nos Tupperwares !

EN BREF : rond et fort, comme la bière belge.
POUR LES FANS DE : P.J. Harvey, The Cardigans, Nico, Man, et Miossec.

Légende des photos :

1. La chance sourit au talent : c’est par le biais d’un court métrage que Karin Clercq a obtenu un contrat avec une maison de disques.
2. Seul le manteau est boutonné jusqu’au col. Pendant l’interview, Karin Clercq s’est montrée charmante et loquace
.

Christian Zeiss
Version française : Vinciane Baudoux